Entourage

À mon retour, son visage était épanoui

En 2009, lorsque j’ai découvert l’assistance sexuelle au travers de quelques articles de presse, j’ai trouvé cela intéressant. C’était vraiment bien pour les gens qui en auraient besoin. Heureusement, cela n’était pas notre cas. Notre fils, multihandicapé, ne ressentait aucune pulsion ni besoin. Sur ce point, comme sur bien d’autres, notre grand garçon restait un enfant.

Trois ans plus tard, la situation avait bien changé. Toujours d’humeur douce et calme notre garçon piquait de violentes colères et semblait tourmenté. Nous avons observé qu’il portait souvent les mains à son entre-jambes. Ce signe aurait dû tout de suite nous mettre la puce à l’oreille, mais c’était trop difficile à concevoir. Nous avons imaginé mille possibilités avant de nous rendre à l’évidence et de chercher à joindre une assistante sexuelle.

Imaginer notre « petit » avec une femme, une inconnue, avec qui il n’aurait que des relations physiques tarifées nous semblait une chose indigne. Nous aurions tout donné pour revenir à l’insouciance passée. Mais la souffrance de notre enfant nous a poussés à franchir le pas. Pour son papa, les choses étaient différentes. Jamais il n’aurait pensé que son fils devienne « un homme ». Il en était plutôt fier, bien que prenant en compte toute la complexité du problème.

Ainsi donc, elle est arrivée l’assistante. Nous avons longuement parlé. Patiente et compréhensive, elle a pris le temps d’écouter nos interrogations et nos peurs. Elle a su nous rassurer. Il ne nous restait plus qu’à expliquer à notre enfant qu’une dame allait venir et que s’il le désirait elle pourrait lui toucher le sexe. À notre grande stupéfaction, il a semblé enchanté par cette perspective.

Et le grand jour est arrivé. J’en étais malade ! Bien sûr, c’est une évolution normale, bien sûr c’était pour son bien. Pourtant, me résigner à ce qu’une femme, aussi sympathique soit-elle, reste une heure dans la plus stricte intimité avec mon fiston me semblait épouvantable. Nous avions convenu que je quitterais la maison durant ce moment. Une énorme tempête se déchaînait sur la ville et me voici tournant en rond autour du pâté de maisons alors que tous les autres habitants se hâtaient de rentrer. Au moins, la pluie cachait mes larmes.

Cela me fait sourire maintenant. Mais pourquoi en ai-je fait toute une histoire ? Chaque mois lorsque l’assistante arrive, j’ai préparé la chambre, installé un lecteur CD et donné un bain à mon fils impatient. À mon retour, c’est son visage épanoui qui m’accueille alors qu’une odeur d’encens flotte dans l’appartement. Récemment, nous sommes allés à un baptême et cette même odeur flottait dans l’air. Mon fils a dit, « Hum, ça sent l’assistante sexuelle ».

Un immense merci à elle et à toutes celles et ceux qui ont fait que cela soit possible.

Des parents reconnaissants