Institutions

Interviews individuels réalisés au sein d’une grande institution romande auprès d’une équipe qui a mis en place une première assistance au bénéfice d’un résident. C’est un exemple parmi d’autres démarches illustrant ce service d’assistance sexuelle car les demandes sont très variées.
Les présents interviews ont lieu après une année entière d’expérience. Depuis, d’autres assistances ont été initiées dans cette institution.
Note : l’abréviation AS signifie assistant(e) sexuel(le).

Pour donner un cadre à l’échange, trois questions ont été formulées :

Question 1 :

  • Comment vous êtes-vous préparé à accueillir des demandes d’assistance de la part des résidents ?

Question 2 :

  • Dans le cas présent, comment avez-vous géré la demande du résident ?

Question 3 :

  • Quel bilan formulez-vous après une année d’expérience d’intervention d’un AS dans l’institution ?

Ces questions sont traitées sous forme de résumé, les conclusions personnelles étant rapportées en citations.

Jean-Claude, responsable d’équipe (prénom fictif)

  1. Comment vous êtes-vous préparé à accueillir des demandes d’assistance de la part des résidents ?
    J’ai personnellement participé aux trois modules de formation « Du Cœur au corps » proposés en Suisse romande¹ et je me souviens particulièrement de la rencontre avec un AS venu de Suisse-allemande. De plus, le sujet de la sexualité est pour moi un vrai sujet et donc je l’envisage, pour les résidents, comme un sujet à part entière et qui doit pouvoir être traité ouvertement.
  2. Dans le cas présent, comment avez-vous géré la demande du résident ?
    C’est le bénéficiaire lui-même, à qui cette possibilité avait été présentée, qui a formulé sa demande. L’équipe a suivi, en toute simplicité ; c’était relativement simple car l’équipe éducative était largement sensibilisée à la problématique de l’intimité des résidents. De plus, l’équipe n’a pas senti de barrage de la part de la direction et a donc pu aller de l’avant dans les démarches.
  3. Quel bilan formulez-vous après une année d’expérience d’intervention d’un AS dans l’institution ?
    Après une année d’expérience, l’équipe constate que les séances d’AS ont aidé le bénéficiaire, lourdement handicapé, entre autres au niveau de ses bras et pour qui un tel accompagnement intime était nécessaire pour qu’il puisse découvrir certaines de ses qualités et compétences personnelles avec son propre corps sexué (ce qui représentait sa demande), mais aussi certaines de ses limites. Cela lui permet de mieux se situer dans sa vie ainsi que de se sentir reconnu comme un homme par les membres de l’équipe éducative, ce qui semble important pour sa propre estime.
    L’assistance sexuelle est assimilée par l’équipe, dans cette situation particulière, à une pratique thérapeutique car le mieux-être du bénéficiaire est largement constaté. L’équipe respecte une discrétion absolue sur l’intimité du bénéficiaire et aucun problème n’est apparu durant toute cette année.
    De plus, il y a maintenant un esprit d’équipe autour de ce sujet ; les relations entre nous tous sont enrichies par une complicité supplémentaire qui concerne le développement de la personnalité du bénéficiaire et son mieux-être dans son cadre de vie.

Sur le plan personnel Jean-Claude conclut :

  • « J’exprimerais ma satisfaction ainsi : c’est “normal”, nous sommes là pour mettre tout en œuvre pour une réelle qualité de vie des résidents.
    Mais je ne peux m’empêcher de constater le sentiment de fierté de toute l’équipe éducative car le rayonnement du bénéficiaire est visible. J’éprouve une profonde satisfaction d’avoir contribué à lui apporter quelque chose d’important. »

Alain, référent du bénéficiaire (prénom fictif)

  1. Comment vous êtes-vous préparé à accueillir des demandes d’assistance sexuelle de la part des résidents ?
    J’ai une sensibilité personnelle qui intègre la sexualité comme un des besoins vitaux de l’être humain. Dans la situation dont nous parlons, le résident avait sa capacité de discernement et manifestait une demande. De par la qualité d’écoute de l’équipe, ses besoins ont pu être identifiés et il a paru naturel de mettre en route une démarche pour un accompagnement.
  2. Dans le cas présent, comment avez-vous géré la demande du résident ?
    Les discussions au sein de l’équipe et avec la direction ont été fluides et les choses se sont mises en place relativement simplement.
    Lors de la préparation du bénéficiaire en vue des premières assistances, il était perceptible qu’il était agité, nerveux, mais, au fil des mois, le temps d’attente est devenu plaisant. Il est maintenant tout à fait à l’aise. Cette aventure d’assistance sexuelle a ressemblé un peu à un rite de passage, comme si le résident était ainsi entré dans le monde des adultes. C’est réjouissant à chaque étape.
  3. Quel bilan formulez-vous après une année d’expérience d’intervention d’un AS dans l’institution ?
    Il est évident que cette expérience valorise le résident car nous le sentons maintenant plus intégré, comme faisant partie des hommes de la maison. Nous pouvons aisément faire de l’humour « entre garçons » avec lui sur le sujet, ce qui lui fait très plaisir.
    Cette expérience a fait tomber un tabou dans l’équipe éducative, la parole s’est libérée et les peurs reculent. Il est vraiment satisfaisant de nous sentir jouer un rôle complet, qui inclut tous les aspects de la vie du résident.

Sur le plan personnel, Alain conclut :

  • « Pour le professionnel tout comme pour l’homme que je suis, être pionnier et participer à quelque chose qui marche si bien, en reconnaissant avoir été à l’écoute des besoins d’un résident à tous les niveaux, est extrêmement gratifiant. Et au niveau de l’équipe, on en parle avec simplicité, c’est un sujet de satisfaction collective, on voit que ça évolue et on reste en lien autour de ce sujet. Je voudrais juste remercier pour tout car je trouve cela génial ! »

Pauline, directrice (prénom fictif)

  1. Comment vous êtes-vous préparé à accueillir des demandes d’assistance sexuelle de la part des résidents ?
    Il y a quelques années, l’idée de l’assistance sexuelle était un vague projet. Au fil des formations, interpellations, l’idée a évolué. Dans notre institution et dans le cadre de l’équipe avec laquelle l’expérience a été mise en place pour la première fois, la question de l’assistance a été une conjugaison entre une sensibilité due au parcours individuel des membres de cette équipe, le résultat d’une politique de sensibilisation dans l’institution par des formations proposées et la position d’ouverture du conseil de Fondation. Ce mélange entre les sensibilités personnelles et la volonté de l’institution de s’ouvrir à la question participe d’une liberté de parole qui diminue fortement les appréhensions ou les aprioris. Mais les résidents aussi nous font avancer par les demandes qu’ils formulent et les vécues par eux-mêmes et dont ils nous parlent.
  2. Dans le cas présent, comment avez-vous géré la demande du résident ?
    L’étape de mise en place de cette première assistance a été facilitée par le fait que l’ensemble des personnes concernées à la direction avait une culture commune, étaient informées sur le sujet. Les membres de notre direction avaient eu des contacts suivis avec les formateurs des modules de formation « handicap et sexualité : Du Cœur au Corps »² ou avaient même suivi certaines des formations.
    De plus, les parents du bénéficiaire étaient aussi ouverts à la question. Ainsi, un partenariat et une communication se sont établi entre tous dans un respect mutuel : le résident et ses parents, l’équipe éducative, le coordinateur et la direction.
    La mise en place a été soigneusement préparée, notamment en instituant des règles de confidentialité assez strictes pour respecter la demande de confidentialité du résident. L’ouverture et l’intelligence émotionnelle des personnes impliquées, dont le résident, a permis que tout se passe bien.
  3. Quel bilan formulez-vous après une année d’expérience d’intervention d’AS dans l’institution ?
    L’organisation en réseau avec comme objectif de faire aboutir cette expérience a été très dynamique pour les personnes impliquées. Cette première expérience positive a permis à chacun d’évoluer personnellement et professionnellement. Et elle contribue à nous faire sentir responsables d’une prise en charge toujours plus globale de nos résidents, en accord avec notre charte institutionnelle.
    Il faut dire que le sujet de l’assistance sexuelle nous renvoie à nous-mêmes et, dans le cas présent, il faut saluer le fait que l’ensemble des personnes impliquées étaient capables d’être ouvertes sur ce sujet.

Et Pauline de conclure :

  • « C’est aussi le temps que nous nous sommes donnés pour cette première expérience – les rencontres régulières entre le coordinateur, l’assistant et moi, ainsi que l’organisation de “points de situation” quadripartite incluant le bénéficiaire – qui a grandement contribué à établir le climat favorable à cette réussite. C’est une expérience où il semble que nous ayons eu toutes les cartes favorables, tant mieux, c’est un bon début ! »

¹, ² Ce programme « du Cœur au Corps » est destiné aux professionnels éducateurs, enseignants et soignants, ainsi qu’aux parents, et est diffusé également en France et en Belgique. Ses auteures sont Catherine Agthe Diserens, actuelle présidente de l’association suisse SExualité et Handicaps Pluriels (SEHP) et Françoise Vatré, co‐fondatrice du SEHP, pour lequel elles ont reçu le Prix 2001 du Centre Suisse de Pédagogie Curative.